[VIDÉOS] Des policiers victimes de violences témoignent :

"J'ai peur de ne pas rentrer vivant"


Publié / Actualisé
Plus d'une centaine de policiers se rassemblait ce mardi 9 janvier 2018 à Saint-Denis devant l'hôtel de Police de Malartic. Plusieurs d'entre eux dénoncent les violences dont ils sont victimes lors de certaines interventions. Tous paraissent désabusés et témoignent des difficultés rencontrées sur le terrain. "Abandon de la hiérarchie", "peur de ne pas rentrer vivant", "manque de moyens". Ils mettent des mots sur leurs maux quotidiens. (Photo d'archives)
Plus d'une centaine de policiers se rassemblait ce mardi 9 janvier 2018 à Saint-Denis devant l'hôtel de Police de Malartic. Plusieurs d'entre eux dénoncent les violences dont ils sont victimes lors de certaines interventions. Tous paraissent désabusés et témoignent des difficultés rencontrées sur le terrain. "Abandon de la hiérarchie", "peur de ne pas rentrer vivant", "manque de moyens". Ils mettent des mots sur leurs maux quotidiens. (Photo d'archives)

 

Ce n’était pas la grande foule au commissariat Malartic ce mardi pour la manifestation à l'appel des trois syndicats de la profession.  Plus de 100 policiers sur les 800 de toute l'île. Un chiffre de mobilisation dûe à la période de congés scolaires actuelle. Des fonctionnaires de police en profitaient aussi pour prendre leurs vacances.

Pas facile non plus de se mobiliser à 12 heures quand la reprise du service se déroule une heure plus tard. Mais une chose semble sûre : le ras-le-bol progresse chez les témoins interrogés. Absence de moyens, agressions dans le cadre de leurs missions et découragement… Les mêmes termes reviennent dans toutes les discussions.

Les policiers rencontrés "se mettent à table" et précisent les raisons de leur coup de blues. Certains préfèrent ne pas s'exposer -dévoir de réserve oblige- et refusent de témoigner à visage découvert. Un fonctionnaire de Police dans le Nord de l'île accepte, lui, de "kozer". On l'appellera Jimmy. Il détaille ses craintes.

"J'avoue que je me demande parfois si je vais pouvoir rentrer vivant chez moi. J'ai peur. Lors d'une intervention dans un quartier chaud, j'ai été blessé, frappé par derrière et étranglé par un individu. J'ai été blessé pendant plusieurs mois. Maintenant ça va mieux mais je me demande si ma cheville ou si mon corps vont tenir lors des interventions", lance-t-il en marge du rassemblement à Malartic.

Lire aussi : Saint-Denis - Une centaine de policiers manifeste devant le commissariat Malartic

Opinion similaire détaillée par Bruno Lauret. Il exerce comme policier à Saint-André. Il confirme un "profond malaise" exprimé par plusieurs de ses collègues. L'état d'esprit semble à l'abattement. Problème de matériel, de reconnaissance, gilets pare-balles défectueux...

Un constat sans appel. "On se sent abandonné par la hiérarchie et par la justice", glisse aussi le délégué syndical SGP Unité Police Force ouvrière.

 

 

Il insiste d'ailleurs sur la recrudescence des agressions envers les fonctionnaires de Police. Selon Gilles Clain, secrétaire départemental de son organisation, une dizaine d’entre eux se faisait agresser chaque mois l’an dernier dans le département.

Bruno Lauret plaide pour une table ronde avec les représentants de la justice afin de mieux collaborer avec les services policiers. "Tout le monde a envie de rentrer le soir mais on a pas cette garantie là en ce moment", commente-t-il. Regardez.

 

 

Un coup de blues général dans la police également confirmé Jean-Pierre Lauret, secrétaire départemental de l’Unsa. Et ce dans différents services. "Un moral des troupes un peu en berne", juge-t-il. Il évoque notamment la "police de sécurité du quotidien" souhaitée par le président de la République Emmanuel Macron. Lui aussi souhaite voir Justice et Police se rapprocher.
 

 

D'après le syndicaliste, il faut s'attacher à améliorer le quotidien des fonctionnaires de Police. Sans oublier le renforcement du volet pénal pour les auteurs de violences envers eux. Dans les rangs de la Police, on dénombre plus d'une quarantaine de blessés dans le cadre de violences volontaires dans l'exercice de leurs fonctions. "Si on compare par rapport aux années 2012, on a largement doublé pour ce qui est de ces infractions", analyse-t-il.

 

Autre membre des forces de l'ordre à pointer du doigt des problèmes dans son travail quotidien : Mickaël Payet. Affecté à la Police de l'air et des frontières à l'aéroport Roland-Garros de Sainte-Marie, il désire une prise de conscience des autorités et des responsables politiques.

Selon lui, il est là encore question de l'insuffisance des moyens mis à disposititions. Dans le cadre de ses interventions, ses collègues seraient souvent pris à partie. "Nous ne sommes pas des punching-ball", prévient-il. Écoutez et regardez son interview.

 

 

Lui et bien d'autres veulent voir les agressions dont ils sont victimes cesser. Et malgré le risque inhérent à leur fonction, beaucoup d'entre eux pensent que les policiers n'ont rien à se reprocher dans ces actes de violences. Seul Pascal, un témoin anonyme, relativise cette position.

"Il y a bien des collègues qui se comportent comme des cows-boys. On ne va pas se mentir mais quand on voit que l'on se fait cracher dessus voire tabasser, il y a de quoi péter un câble. Si vous rajoutez à ça le manque de considération quand on se fait taper dessus et vous obtenez tout ce qui ne va pas dans ce métier. Mais dans presque tous les cas, ce sont les délinquants qui sont en tort et pas les policiers", glisse le policier de l'Ouest.

Lire aussi : Les policiers en ont marre de servir "de défouloir aux voyous"

Un avis partagé par Julien -un prénom modifié-, en poste dans le Nord. Lui aussi a déjà été victime de violences "lors d'une interpellation qui tourne mal avec quelques coups reçus."

"Il faut que les choses changent. Les délinquants ne nous respectent pas. On voit la violence envers nous monter. On dit souvent que la banlieue parisienne ça craint, mais ici ce n'est pas de tout repos. On en a marre de se faire insulter ou totocher. À la justice de prononcer des peines plus sévères", précise-t-il.

Ces paroles de policiers se ressemblent toutes étrangément. Que l'on interroge des fonctionnaires du Nord ou de l'Ouest, le malaise est palpable. Pas sûr que leur rassemblement et leur coup de blues provoquent un changement radical au niveau des moyens matériels alloués ou pour ce qui est des effectifs nouvellement affectés à La Réunion.

ts/www.ipreunion.com

   

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