Tribune libre de Marie-Claude Barbin :

La parole se libère


Publié / Actualisé
Tandis que les victimes de violence sexuelles risquent une parole accusatrice, au bout de tant d'années de silence sous le poids de la honte, la peur, la culpabilité ; cette parole que l'on voudrait libératrice d'un trop de souffrance, est hélas toujours mise en doute, bafouée, reniée, piétinée ... comme le montre de manière spectaculaire, l'affaire Georges Tron.
Tandis que les victimes de violence sexuelles risquent une parole accusatrice, au bout de tant d'années de silence sous le poids de la honte, la peur, la culpabilité ; cette parole que l'on voudrait libératrice d'un trop de souffrance, est hélas toujours mise en doute, bafouée, reniée, piétinée ... comme le montre de manière spectaculaire, l'affaire Georges Tron.

 

A la violence faite au corps, s’ajoute la violence des mots, ou comment rajouter de la souffrance à la souffrance ; comme si ça n’était jamais assez. Sham on you ! Taisez-vous, pauvres et folles victimes présumées coupables ! Ne voyez-vous pas que votre parole dérange l’ordre pré-établi d’une société solidement ancrée dans le patriarcat ? Pour bien vous le signifier, on va vous la décrédibiliser cette parole que vous pensiez salvatrice.

Le système se sentant attaqué dans ses fondements les plus profonds, va entrer dans une résistance " folle ". Oui, folle ! N’ayons pas peur des mots. Le sort d’un honnête homme (pour qui un non-lieu avait été requis) est en jeu. L’institution judiciaire exige des preuves, des détails crus, cruels. Plus c’est sordide, plus c’est jubilatoire ! Qu’importe les larmes, le désespoir, la sidération (mécanisme pourtant connue depuis 1914), il est impérativement demandé aux victimes de se justifier, sans ménagement.

Quand les justifications ne suffisent plus au voyeurisme, des jugements de valeur sont portés sur leurs attitudes, leurs comportements : humiliations suprêmes qu’on jurerait teintées de sadisme, encourageant de ce fait, la défense au summum de la surenchère dans la théorie du complot. In fine, le procès n’a pas eu lieu ; les victimes sur-victimisées, abandonnées à leur triste sort ; un blanc-seing accordé aux prédateurs qui peuvent continuer leurs forfaits en toute impunité, car protégés par la loi.

Même si les violences faites aux femmes ont été instituées : " Grande Cause Nationale ", ce n’est pas demain que les victimes seront entendues, reconnues en tant que telles. Comment se reconstruire dans ces conditions ? Le temps de former les professionnels (police-justice, etc) au psycho-traumatisme - encore faut-il être réceptifs, abandonner le sentiment de toute puissance pour laisser place à un peu d’humanité -  la honte, la culpabilité ne changera pas de camp.

Marie-Claude Barbin

   

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